CenSEARCHip : comment Google filtre l'info?
John Battelle parle d'un projet cenSEARCHip d'une école d'informatique qui a décidé de comparer les résultats de recherche proposé par les services de Google (USA, Chine, France et Allemagne). Le résultat est plutôt impressionnant. Essayez avec le mot Tiananmen ... entre la Chine et les USA. Cela pose des questions sur le fait qu'il n'y ait pas de réelle compétition dans les moteurs de recherche. Même si les sociétés qui travaillent sur des solutions de recherches sont nombreuses, peu ont les moyens et l'ambition d'atteindre les capacités colossales d'un Google.
Je ne parlerais pas de problème de Démocratie comme l'évoque Gaetano. Les enjeux me semblent plus complexes qu'aborder le manque de transparence de son index.
Tout système de classement suscite un appel à la compétition qui éveille les esprits les plus viles. Les spammeurs existent depuis longtemps. Un système de classement transparent reviendrait à laisser la porte ouverte aux tricheurs, même propres sur eux (cherchez du coté des techniques spéciales utilisées par beaucoup certains seo-sem, marketeurs web, qui même au nom de l'éthique, (et surtout des résultats garantis à leurs clients) abusent de trucs et astuces pour classer les pages web). Porte ouverte qui signifierait la mort imminente du service proposé.
On ne pose pas les questions de démocratie aux comités éditoriaux des journaux que nous lisons, écoutons ou regardons régulièrement. Pourtant des petites équipes filtrent et décident la priorité de ce qui doit être dit et surtout comment. Leur processus de sélection de l'info n'a rien de démocratique. Mais une forme de compétition garanti des sources multiples et contradictoires qui apportent un équilibre.
Dernièrement le gouvernement Bush a imposé une collecte de logs auprès de plusieurs services web au nom des lois 9/11. Google a refusé de s'y plier. Certains y ont vu une protection de ses utilisateurs, ... je pencherai plutôt pour une protection de son savoir-faire. Dis-moi ce que tu collectes et je te dirais comment tu xxxxx (placer le verbe de votre choix :).
L'europe la France et l'Allemagne annoncent une usine à gaz des plus improbables avec Quaero. Mais je ne vois pas beaucoup d'alternatives. Et mes craintes sont plus situées sur l'absence d'un réel challenger. John Battelle pense que Microsoft doit splitter et séparer ses activités en ligne de son core business.
Vous voyez d'autres alternatives ou challengers potentiels?
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Commentaires
Celui qui va détroner Google n'est pas encore né... Lui-même est le seul à pouvoir menacer un autre monopole: Microsoft...
Je dirais tout de même deux choses:
1) J'ai plus tendance à faire confiance à des journalistes de renom dans la sélection/filtrage des infos. C'est loin d'être parfait, mais au moins les bons journalistes ont une déontologie et un souci d'information du public. C'est un métier qui trouve son essence dans le coeur de la démocratie et de la liberté d'expression.
2)Les tricheurs existent même avec des règles d'indexation qui sont secrètes... pourquoi ne pas les rendre publiques justement? Au moins, tout le monde jouerait le même jeu et les raisons de se faire black-lister seraient claires et officielles... Aujourd'hui, des experts débattent sur des kilomètres de pages de forum sur les derniers black-list ou les dernières règles d'indexation...
Je verrais bien un outil de recherche public, ouvert, dont toutes les règles seraient connue. Le tout serait assorti d'un label de qualité pour les sites qui jouent le jeu correctement.
Posté par: Gaetano at mars 19, 2006 06:59 PM
Voilà un excellent thème à débattre dans un futur podcafé.
Mais transparence et équité ne vont pas forcément ensemble. 80 à 90% des personnes qui créent un site ne comprennent pas (ne savent pas) qu'il y a une logique qui génère les classements des résultats.
Si mes souvenirs sont exacts Google a été obligé d'opacifier petit à petit les règles de son PageRank (rajouter de nouveaux paramètres) car les tricheurs trustaient trop de résultats.
Cela a même créé des chocs pour des milliers de pme dont les boutiques en ligne dépendaient exclusivement de Google. Des petits indépendants qui se concentraient sur des niches qui se voyaient du jour au lendemain disparaître dans les fonds de classements à chaque fois que Google changeait son algorythme de classement. Ceci est arrivé pour ces sites web sans même avoir essayé de tricher pour classer leurs pages.
Personnellement je ne crois pas que la transparence soit le meilleur garant d'une équité pour le plus grand nombre. Les tricheurs seront toujours là mais présents de façon hypocrite respectant les règles du jeu. Il serait même encore plus difficile de les écarter ... justement au nom du respect des règles.
L'idée de l'intervention d'un tiers pourrait avoir un sens mais ... prenons l'exemple des télécoms où des instituts sont chargés de réguler des opérateurs (leurs politiques de prix, ...) au nom de la défense des consommateurs. Quel est réellement leur pouvoir? Quelles sont les garanties et les améliorations apportées aux consommateurs? Vaste discussion aussi en perspective.
... Bon pour un thème à podcaf(t)er?
Posté par: Francois at mars 20, 2006 09:10 AM
De quelle légitimité démocratique supérieure peux-tu te prévaloir pour affirmer que le processus de sélection et de hiérarchisation de l'actualité effectué par des "comités éditoriaux" n'est pas démocratique?
Posté par: Olivier De Doncker at mars 28, 2006 10:10 AM
La question n'est pas là, je pense. François ne se prévaut de rien de tout si ce n'est de son droit à l'ouvrir pour exprimer ce qu'il pense. Quant à savoir si les processus de sélection et de hierarchisation de l'info par les comités éditoriaux de publication X ou Y sont "démocratiques" ou non, seuls les lecteurs de ces publications sont à même de juger. S'ils considèrent que leurs attentes ou leurs points de vue ne sont pas respectés par une ligne éditoriale "stalinienne", rien ne les obligent à continuer d'acheter le canard. D'où l'intérêt de pouvoir collecter du feed-back (en ouvrant les commentaires après un article, par ex) et à laisser les lecteurs/auditeurs exprimer leurs désideratas quant aux sujets à aborder. Le comité rédactionnel aura toujours le dernier mot puisqu'il choisit in fine les infos, mais ça lui permet de légitimer ses choix vis à vis de sa cible et de sortir de sa tour d'ivoire omnipotente. Cela permet aussi déviter la multiplication des publi-reportages et des renvois d'ascenseurs de pur copinage entre acteurs qui cadenassent des pans entiers de l'info sur certains secteurs économiques (et les resources publicitaires qui vont avec)
Posté par: damien at mars 28, 2006 04:50 PM
Un exemple récent, local et connu de "malaise" éditorial... après évidemement être observateur et critique c'est un peu selon le goût de chacun et François est de ceux qui en parlent. Ca gêne qui ?
Posté par: Denis at mars 28, 2006 06:12 PM
@ODD : je ne comprends pas bien le sens de ton propos ni le sous-entendu que tu essaies de faire passer.
Je ne prétends et ne revendique rien, je dis ce que je pense et je propose d'en parler via les commentaires et/ou par trackback interposés d'autres blogs. Cette note étant ma suite à une note publiée initialement par Gaetano sur Expressions.be où il s'interrogeait sur la transparence démocratique de Google. Libre à qui la lit d'être d'accord ou pas ... je n'impose rien à personne.
Jusqu'à preuve du contraire, dans leur grande majorité, les médias traditionnels sont des entreprises aux objectifs commerciaux. Et les processus de gestion des entreprises n'ont à ma connaissance aucun rapport avec les notions de démocratie. Rares sont les médias où les comités éditoriaux sont opposés voir divergents des intérêts de leurs CA. Le contrôle et l'influence (même indirecte) est toujours présent d'une façon ou d'une autre.
Un comité de rédaction n'est pas élu par ses lecteurs et n'a pas de compte à leur rendre. Donc je pense qu'on ne peut pas affirmer que la sélection ou le filtre de l'information exercé par une personne ou une équipe vers un grand nombre de personne est un exercice démocratique. La multiplicité des sources est là pour offrir une garantie aux lecteurs la possibilité de valider voir contredire certains propos ou versions des faits.
Donc une source d'information n'a de crédibilité validée qu'avec ses lecteurs et pas uniquement dans l'autorité que son auteur estime avoir le droit d'imposer, et ceci quel que soit son titre ou son rôle.
Certaines personnes anonymes ont des formes de savoir qui sont beaucoup plus développées que certains professionnels qui se revendiquent comme experts. Cela existe dans tous les domaines, le succès de Wikipedia en est la plus belle illustration. Maintenant avec les blogs et d'autres outils sociaux, il est possible de trouver une information pertinente. L'expert ne peut plus affirmer certaines choses du simple fait de son statut professionnel. Mais cela ne diminue pas son rôle pour autant. Cela ouvre des perspectives que je trouve plus enrichissantes. Le tout étant d'accepter la perte de contrôle sur l'information.
Posté par: Francois at mars 28, 2006 06:25 PM
Jusqu'à preuve du contraire, dans leur grande majorité, les médias traditionnels sont des entreprises aux objectifs commerciaux.
Aaah, le graaaand retour du complot médiatique contre le peuple qu'on maintient volontairement dans l'ignorance. J'ai remarqué que les bloggers aimaient bien cette idée.
Et les processus de gestion des entreprises n'ont à ma connaissance aucun rapport avec les notions de démocratie. Rares sont les médias où les comités éditoriaux sont opposés voir divergents des intérêts de leurs CA.
S'ils te lisaient, j'ai des collègues qui s'étrangleraient en lisant tes propos. Dans leur toute grande majorité, les journalistes ne cessent de se battre pour défendre leur indépendance contre leur direction. Tu commets un amalgame réducteur et à la limite du simplisme. La situation est infiniment plus complexe que la façon dont tu la décris.
Au fait, as-tu déjà travaillé dans une rédaction?
Un comité de rédaction n'est pas élu par ses lecteurs et n'a pas de compte à leur rendre.
Ah bon? Tu crois que je ne me sens pas responsable vis à vis de mes lecteurs? Tu crois que je jette au bac leur courrier et que je ne tiens pas compte de leur avis sur mon magazine? Cela vaut pour la plupart des médias que je connais.
Donc je pense qu'on ne peut pas affirmer que la sélection ou le filtre de l'information exercé par une personne ou une équipe vers un grand nombre de personne est un exercice démocratique.
1) L'exercice démocratique ne se résume pas à l'élection de citoyens. Personnellement, en tant que journaliste, j'estime jouir d'une certaine légitimité démocratique parce que je m'engage à respecter un certain nombre de principes éthiques et déontologiques. Qu'il y ait des filtres, c'est somme toute normal car c'est l'essence même d'un medium quel qu'il soit. Et les blogs n'échappent à la règle. Que fais-tu avec ton blog? Tu secoues le tamis de l'actualité et tu ne retiens que ce que tu juges le plus pertinent et le plus significatif. Donc, tu filtres l'info. Eh oui. Et si je m'en tiens à ton raisonnement, ta démarche n'est pas démocratique parce que personne ne t'a "élu".
2) Elire les gens qui forment les "comités éditoriaux" comme tu les appelles n'a aucun sens. Parce que tout le monde n'est pas capable de faire de l'information. Journaliste, c'est un métier qui a ses spécificités et qui ne peut être exercé par le premier venu. Mais ça, c'est un autre débat...
Certaines personnes anonymes ont des formes de savoir qui sont beaucoup plus développées que certains professionnels qui se revendiquent comme experts.
Un autre mythe de la blogosphère : la suprématie de l'amateur sur le professionnel. C'est amusant, cette mode.
Cela existe dans tous les domaines, le succès de Wikipedia en est la plus belle illustration.
Les abus et les dérapages de Wikipedia aussi ;-))
Posté par: Olivier De Doncker at mars 28, 2006 07:05 PM
nondichtoupette ! Olivier, peux-tu imaginer que nous ne nous iscrivons pas dans une démarche d'opposition mais bien de construction ? que nous essayons de décrypter les atouts de ces nouvelles formes de participations à l'élaboration de contenu et non de remettre en cause l'existence d'un journalisme de qualité, créateur de sens ? que nous ne forçons personne, même pas toi, à venir discuter avec nous pour essayer de faire avancer le schmilblick ? que nous croyons fermement à une logique d'inclusion et non d'exclusion et que rien ni personne ne nous obligera à prendre de décision tranchée ni de point de vue dichotomique sur une évolution, et non une mode, qui nous dépasse tous en tant qu'individu isolé ?
Posté par: damien at mars 28, 2006 09:26 PM
Wow, quelle envolée lyrique. Deux remarques:
1) Affirmer des choses comme "Rares sont les médias où les comités éditoriaux sont opposés voir divergents des intérêts de leurs CA", ce n'est ni de l'inclusion, ni la construction. C'est un amalgame réducteur qui ne correspond pas à la réalité et qui ne fait qu'alimenter la dichomotomie que vous vous faites forts de vouloir dépasser.
2) L'auto-régulation est une des caractéristiques de la blogosphère, non? Alors quand je lis une chose avec laquelle je ne suis pas d'accord, je participe à l'éco-système et j'auto-régule ;-))
Posté par: Olivier De Doncker at mars 28, 2006 09:57 PM